Blog
Café politique
de l’Âme du monde
Ce blog est animé par l'écrivain algérien Mohammed Taleb Il sera régulièrement enrichi de billets d’humeur, de coups de cœur, d’alertes écocitoyennes, d’annonces, de citations et d’aphorismes.
Dimanche 22 mars 2026
Quand l’Inde interdit une mémoire palestinienne
La décision prise le 19 mars 2026 par les autorités indiennes d’interdire la diffusion en Inde du film « La Voix de Hind Rajab », réalisé par Kaouther Ben Hania, constitue un scandale politique et moral. Cette œuvre retrace, à partir d’enregistrements réels, les derniers instants d’une enfant palestinienne de Gaza, Hind Rajab, piégée sous les tirs en janvier 2024, et donne à entendre, dans toute sa nudité tragique, la violence infligée aux civils . Présenté en compétition à la Mostra de Venise en septembre 2025, le film y a reçu une reconnaissance majeure, avec une ovation exceptionnelle et des récompenses importantes, avant d’être nommé aux Oscars et aux Golden Globes . En bloquant sa sortie, officiellement pour ne pas nuire aux relations entre l’Inde et l’Israël, le pouvoir indien révèle une censure directement dictée par des considérations géopolitiques. Le régime dominé par le Bharatiya Janata Party (BJP), porteur d’un nationalisme fondamentaliste hindou, s’inscrit de longue date dans une proximité stratégique avec l’État israélien, au nom d’intérêts sécuritaires et idéologiques convergents. Cette interdiction ne relève donc pas d’un simple choix culturel, mais d’un alignement assumé qui vise à étouffer une œuvre dérangeante. Il faut néanmoins rappeler qu’une autre Inde existe, celle de Arundhati Roy, des guérillas paysannes naxalites et des mouvements écopaysans, écoféministes, autochtones, qui continuent de porter une exigence de justice et de vérité.
Dimanche 22 mars 2026
La vérité animiste du poète palestinien Mahmoud Darwich
«POUR le Palestinien, la terre ne relève pas uniquement du politique, mais aussi du sacré. Dès mes premiers pas dans la poésie, j’ai abordé la terre et ses éléments, herbe, arbres, bois coupé, pierres, comme des êtres vivants. Je veux dire que tout me préparait à recevoir le message de l’Indien. Ayant pris connaissance de sa culture, je me suis rendu compte qu’il avait parlé de moi mieux que je ne l’avais fait moi-même. Aussi, je tire fierté d’avoir hissé la revendication du droit palestinien au niveau du combat de l’homme rouge pour ses droits. C’est une défense de l’harmonie de l’Univers et de la nature, harmonie que l’homme blanc a rompue par sa conduite. Dans les deux cas, la terre est l’objet du conflit, et la colonisation au cœur de l’affrontement. Et la conscience tragique est suffisamment élevée chez les Palestiniens pour leur permettre de se retrouver dans toute tragédie, de la Grèce à nos jours. C’est très précisément pourquoi nos textes sont épiques et non mythiques, et qu’ils n’affirment pas la suprématie des facteurs objectifs sur la volonté de l’homme. »
Mahmoud Darwich (1941 - 2008), poète palestinien de renommée mondiale, a marqué la littérature arabe par ses écrits sur l'exil, et la résistance.